Tony Ciatti
15 janvier 2026
17:45

Réglementation DESP : obligations des entreprises industrielles

La réglementation DESP (Directive 2014/68/UE) impose aux entreprises industrielles un cadre strict de sécurité pour les équipements sous pression. Elle concerne la conception, la fabrication, la mise en service et l’exploitation de tout récipient, chaudière, tuyauterie ou appareil de sécurité soumis à une pression supérieure à 0,5 bar. Le non-respect de ces obligations expose l’entreprise à des sanctions administratives, pénales et une responsabilité civile en cas d’accident.

Infographie DESP - Obligations du fabricant : étude de conformité, marquage CE, mise à disposition, conservation du dossier


Quelles entreprises sont concernées ?

La DESP s’applique à toute entreprise qui utilise, fabrique, installe ou distribue des équipements sous pression. Les secteurs les plus concernés sont :

Critères de soumission à la DESP

Un équipement relève de la DESP dès lors que :

Les catégories vont de I à IV. Plus la catégorie est élevée, plus les exigences de conformité et de contrôle sont strictes.


Obligations légales des entreprises

1. Obligations du fabricant ou importateur

Toute entreprise qui fabrique ou importe des équipements sous pression destinés au marché européen doit :

2. Obligations de l’exploitant (arrêté du 20 novembre 2017)

L’entreprise exploitante, même si elle n’a pas fabriqué l’équipement, est responsable de sa sécurité en service. Elle doit :

a) Constituer et tenir à jour un dossier d’équipement

b) Désigner un responsable de l’exploitation

c) Effectuer les vérifications périodiques avec un organisme habilité

d) Assurer la maintenance préventive

e) Former le personnel

f) Signaler les accidents et incidents


Inspections et contrôles périodiques

Qui réalise les inspections ?

Les organismes habilités réalisent toutes les inspections périodiques des équipements en service. Ils sont agréés par l’autorité française compétente. Les organismes notifiés interviennent uniquement sur la fabrication et l’évaluation de conformité initiale.

Types de contrôles

Type de contrôleContenuPériodicité indicative
Visite de contrôleInspection visuelle, fonctionnement appareils de sécurité, supports, dossier maintenance1 à 3 ans (selon catégorie)
Visite renforcée+ Contrôles non destructifs (ultrasons, magnétoscopie, radiographie)3 à 10 ans
Réexamen+ Démontage partiel, essai de pression, calcul de résistance10 à 20 ans

Périodicité exacte

La périodicité réelle est fixée par l’organisme habilité dans son rapport de visite, en fonction de :


Sanctions en cas de non-conformité

Sanctions administratives

Sanctions pénales

Responsabilité civile

Conséquences économiques


Erreurs fréquentes des entreprises

1. Ne pas identifier tous les équipements concernés

L’entreprise pense que seules les chaudières ou les grands réservoirs sont soumis à la DESP. Elle oublie les séparateurs d’huile, les échangeurs, les tuyauteries de refoulement, les appareils de sécurité. Résultat : une partie de l’installation n’est pas contrôlée et expose l’entreprise à une mise en demeure.

2. Confondre organisme notifié et organisme habilité

L’entreprise fait appel à un organisme notifié pour les inspections périodiques. Or, les organismes notifiés interviennent sur la fabrication. Les inspections en service doivent être réalisées par des organismes habilités. Le rapport d’inspection peut être invalidé et l’inspection du travail peut refuser la preuve de conformité.

3. Laisser le dossier d’équipement incomplet

Le dossier d’équipement est dispersé entre plusieurs services, perdu lors d’un déménagement, ou jamais reconstitué après l’achat d’un bien d’occasion. En cas d’inspection, l’entreprise ne peut pas prouver la conformité de ses équipements. L’inspecteur peut prescrire un arrêt d’exploitation jusqu’à reconstitution du dossier.

4. Sous-traiter la maintenance sans contrôle

L’entreprise confie l’entretien à un prestataire externe mais ne vérifie pas que celui-ci réalise les interventions conformément à l’arrêté du 20 novembre 2017. Les fiches d’intervention sont floues, les appareils de sécurité ne sont pas contrôlés, les anomalies ne sont pas signalées. La responsabilité reste entièrement à l’exploitant.

5. Ignorer les équipements modifiés ou réparés

Après une modification ou une réparation majeure, l’entreprise ne fait pas réaliser une nouvelle vérification initiale. La modification peut changer la catégorie de l’équipement, affecter sa résistance, ou rendre non conforme le marquage CE initial. L’équipement modifié doit être réévalué et remis en conformité.


Cas industriel : entreprise agroalimentaire de transformation

Contexte

Entreprise de transformation de viande, 150 salariés, site avec 3 chaudières à vapeur de 5 tonnes/heure, 2 installations frigorifiques à ammoniaque, réseau d’air comprimé avec 3 réservoirs.

Équipements sous pression identifiés

Mise en conformité

Résultat


FAQ : réglementation DESP et obligations entreprises

Quelle est la différence entre la DESP et l’arrêté du 20 novembre 2017 ?

La DESP (2014/68/UE) est la directive européenne qui réglemente la conception et la fabrication des équipements sous pression. L’arrêté du 20 novembre 2017 est la transposition française qui impose les règles d’exploitation, d’entretien et de contrôle périodique des équipements en service. La DESP concerne le fabricant ; l’arrêté concerne l’exploitant.

Quelle est la différence entre un organisme notifié et un organisme habilité ?

Un organisme notifié est agréé par un État membre de l’UE pour évaluer la conformité des équipements lors de leur fabrication (catégories III et IV). Un organisme habilité est agréé par l’autorité française pour réaliser les inspections périodiques des équipements en service (toutes catégories). Les deux rôles sont distincts et complémentaires.

Quelle est la périodicité des inspections DESP ?

La périodicité dépend de la catégorie de l’équipement et de son usage. Pour un équipement de catégorie III, la visite de contrôle est généralement annuelle, la visite renforcée tous les 3 ans, et le réexamen tous les 10 ans. Pour un équipement de catégorie II, les périodicités sont allongées. Seul l’organisme habilité fixe la périodicité exacte dans le rapport de visite.

Quelles sont les sanctions si mon entreprise n’est pas conforme ?

Les sanctions vont de la mise en demeure à l’arrêt d’exploitation, en passant par les amendes administratives (jusqu’à 75 000 € pour une personne morale). En cas d’accident, l’exploitant encourt des sanctions pénales : amende jusqu’à 45 000 € et emprisonnement jusqu’à 3 ans en cas de mort involontaire. Le dirigeant peut être personnellement poursuivi.

Mon entreprise a acheté un équipement d’occasion sans marquage CE. Que faire ?

Un équipement mis en service avant 1997 (DESP 97/23/CE) ou 2016 (DESP 2014/68/UE) peut rester en service sans marquage CE s’il respectait la réglementation applicable à l’époque. Cependant, vous devez respecter l’arrêté du 20 novembre 2017 (inspections, entretien, dossier). Si le dossier est incomplet, un organisme habilité peut établir une réévaluation de conformité. Un équipement neuf ou réparé majeurement doit porter le marquage CE.


Résumé

La réglementation DESP (2014/68/UE) impose aux entreprises industrielles un cadre strict de sécurité pour les équipements sous pression. L’entreprise doit identifier l’ensemble de ses équipements concernés, constituer un dossier d’équipement complet, désigner un responsable de l’exploitation compétent, et faire réaliser des inspections périodiques par un organisme habilité. L’arrêté du 20 novembre 2017 encadre ces obligations en France. Les sanctions en cas de non-conformité sont lourdes : administratives (mise en demeure, amende), pénales (emprisonnement en cas d’accident), et civiles (responsabilité de l’exploitant). Les erreurs fréquentes — identification incomplète, confusion organisme notifié/habilité, dossier dispersé, maintenance sous-traitée sans contrôle, oubli des modifications — peuvent être évitées par une organisation rigoureuse et une veille réglementaire active. Une entreprise conforme protège ses salariés, ses installations et sa pérennité économique.

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