Tony Ciatti
15 janvier 2026
17:30

DESP (2014/68/UE) : réglementation des équipements sous pression

La directive DESP (2014/68/UE) est le cadre réglementaire européen qui impose des règles de conception, de fabrication et de contrôle aux équipements sous pression. Elle vise à garantir la sécurité des personnes et des biens face aux risques d’explosion, de fuite ou de rupture. Tout exploitant d’installation industrielle — frigorifique, CVC, chaudière, cuve sous pression — doit connaître son champ d’application et ses obligations de conformité.

Infographie DESP - Description et mise en œuvre : champ d’application, évaluation de la conformité, classification des équipements, suivi en service


Quels équipements relèvent de la DESP ?

La DESP s’applique aux équipements sous pression dont la pression maximale admissible (PS) dépasse 0,5 bar et le volume ou la dimension nominale dépassent certains seuils définis à l’annexe II. Cela concerne :

Exclusions importantes

Certains équipements échappent à la DESP, notamment :

Seuils de l’annexe II

La DESP distingue plusieurs catégories selon la combinaison pression/volume (ou dimension nominale pour les tuyauteries) et la nature du fluide (groupe 1 : dangereux ; groupe 2 : autres). Les catégories vont de I à IV, la catégorie IV imposant les exigences les plus strictes. Un récipient contenant un fluide du groupe 1 avec PS > 200 bar et V > 0,1 L, ou PS.V > 5000 bar.L, tombe en catégorie IV.


Obligations de l’exploitant et du fabricant

Marquage CE et évaluation de conformité (fabrication)

Tout équipement sous pression mis sur le marché européen doit porter le marquage CE. L’évaluation de conformité varie selon la catégorie :

Le fabricant doit établir :

Point clé : Les organismes notifiés interviennent sur la fabrication et la mise sur le marché. Ils ne réalisent pas les inspections périodiques des équipements en service.

Obligations de l’exploitant en service

L’exploitant d’un équipement sous pression en service n’est pas déchargé de responsabilité par le marquage CE initial. Il doit :


Inspections et contrôles périodiques

Types de contrôles réalisés par des organismes habilités

La réglementation française impose plusieurs types de contrôles périodiques, réalisés par des organismes habilités (et non des organismes notifiés). La périodicité dépend de la catégorie de l’équipement et de son usage :

1. Vérification initiale avant mise en service

2. Contrôles périodiques en service

Qui réalise les inspections ?

Documentation à présenter

Lors d’une inspection, l’exploitant doit pouvoir présenter :


Risques industriels liés aux équipements sous pression

Explosion et rupture brutale

Un excès de pression, une corrosion sous contrainte, une fatigue des matériaux ou un défaut de fabrication peut provoquer la rupture d’un récipient ou d’une tuyauterie. L’explosion d’un équipement sous pression contenant un gaz ou une vapeur génère une onde de choc capable de détruire des bâtiments et de tuer des personnes à plusieurs dizaines de mètres. Les débris projetés constituent un danger supplémentaire.

Fuite de fluide dangereux

Un équipement sous pression contenant un fluide toxique, corrosif ou inflammable (groupe 1) représente un risque chimique majeur. Une fuite sous pression peut créer un nuage toxique, provoquer un incendie ou une explosion secondaire. Les fluides frigorifants ammoniaque (R717) et certains HFC présentent des risques d’asphyxie ou de toxicité en cas de déversement important.

Brûlure et projection

Les équipements sous pression contenant de l’eau surchauffée ou de la vapeur à haute température présentent un risque de brûlure grave en cas de rupture ou d’ouverture intempestive. La détente brutale d’un liquide sous pression peut provoquer une projection violente et des brûlures par contact.

Cas d’accidents documentés


Erreurs fréquentes sur le terrain

1. Confusion entre DESP et réglementation des fluides frigorigènes

De nombreux exploitants pensent que la seule réglementation applicable à leur installation frigorifique est celle des fluides frigorigènes (règlement F-Gaz, règlement CE 1005/2009). Or, les équipements frigorifiques sous pression (compresseurs, réservoirs de liquide, échangeurs) relèvent également de la DESP dès lors qu’ils dépassent les seuils de pression/volume. L’absence de dossier DESP et de visites de contrôle périodiques est une infraction fréquente.

2. Confusion entre organisme notifié et organisme habilité

Une erreur classique est de demander à un organisme notifié de réaliser une inspection périodique en service. Les organismes notifiés interviennent sur la fabrication et l’évaluation de conformité initiale. Les inspections périodiques des équipements en service doivent être réalisées par des organismes habilités. Mélanger les deux retarde les démarches et peut invalider les rapports d’inspection.

3. Oubli des appareils de sécurité dans la conformité

Les soupapes de sécurité, disques de rupture et bouchons fusibles sont des équipements DESP à part entière. Ils doivent être dimensionnés, installés et entretenus conformément à la réglementation. Une erreur courante est de remplacer une soupape par un modèle non conforme ou de ne pas vérifier son étanchéité et son déclenchement.

4. Maintenance réduite au strict minimum

L’arrêté du 20 novembre 2017 impose un entretien régulier comprenant le contrôle des appareils de sécurité, la vérification des supports et ancrages, le contrôle des dispositifs de mesure. Sur le terrain, on constate souvent un entretien limité au remplissage de fluide et au dépannage, sans maintenance préventive structurée.

5. Absence de dossier d’équipement à jour

Le dossier d’équipement est le document de référence pour toute inspection. Il doit contenir les plans d’origine, les certificats de matériaux, les rapports d’essais, les PV de réception, les rapports de visites de contrôle. En pratique, ce dossier est souvent incomplet, dispersé, ou perdu lors d’un changement d’exploitant ou d’installateur.

6. Sous-estimation des équipements “modestes”

Un petit séparateur d’huile, un réservoir de liquide réfrigérant de quelques litres, une tuyauterie de refoulement : ces équipements peuvent sembler anodins mais relèvent de la DESP dès lors qu’ils dépassent les seuils. Leur exclusion du plan d’inspection expose l’exploitant à une mise en demeure et à un risque d’accident.


Cas terrain : installation frigorifique de 500 kW

Contexte

Entrepôt de stockage de produits surgelés, installation frigorifique à ammoniaque (R717), deux compresseurs à vis, condenseur évaporatif, deux évaporateurs à inondation, réservoirs de liquide et de recyclage.

Équipements sous pression identifiés

Conformité DESP

Points de vigilance spécifiques


FAQ : DESP (2014/68/UE)

Quelle est la différence entre la DESP et l’arrêté du 20 novembre 2017 ?

La DESP (2014/68/UE) est la directive européenne qui s’applique à la conception, la fabrication et la mise sur le marché des équipements sous pression. L’arrêté du 20 novembre 2017 est la transposition française qui impose des règles d’exploitation, d’entretien et de contrôle périodique des équipements déjà en service. La DESP concerne le fabricant ; l’arrêté concerne l’exploitant.

Quelle est la différence entre un organisme notifié et un organisme habilité ?

Un organisme notifié est agréé par un État membre de l’UE pour évaluer la conformité des équipements lors de leur fabrication (catégories III et IV). Il intervient sur la conception, les essais et le marquage CE. Un organisme habilité est agréé par l’autorité française pour réaliser les inspections périodiques des équipements en service (visites de contrôle, visites renforcées, réexamens). Les deux rôles sont distincts et complémentaires.

Tous les compresseurs frigorifiques sont-ils soumis à la DESP ?

Non. Un compresseur hermétique ou semi-hermétique de faible puissance, avec un carter de faible volume et une pression de refoulement limitée, peut être en deçà des seuils de l’annexe II. En revanche, les compresseurs industriels, les réservoirs de liquide réfrigérant et les tuyauteries de refoulement dépassent généralement les seuils et relèvent de la DESP.

Quelle est la périodicité des inspections DESP ?

La périodicité dépend de la catégorie de l’équipement et de son usage. Pour un équipement de catégorie III, la visite de contrôle est généralement annuelle, la visite renforcée tous les 3 ans, et le réexamen tous les 10 ans. Pour un équipement de catégorie II, les périodicités sont allongées (visite de contrôle tous les 2 à 3 ans). Seul l’organisme habilité peut fixer la périodicité exacte dans le rapport de visite.

Un équipement sans marquage CE peut-il rester en service ?

Un équipement mis en service avant l’entrée en vigueur de la directive (avant 1997 pour la DESP 97/23/CE, avant 2016 pour la 2014/68/UE) peut rester en service s’il respecte la réglementation applicable à l’époque de sa mise en service. Cependant, l’exploitant doit toujours respecter l’arrêté du 20 novembre 2017 (visites de contrôle, entretien, dossier d’équipement). Un équipement neuf ou réparé majeurement doit porter le marquage CE.

Que faire si le dossier d’équipement est incomplet ou perdu ?

L’exploitant doit reconstituer le dossier dans la mesure du possible : plans d’origine auprès du fabricant ou de l’installateur, certificats de matériaux, rapports d’essais. Si des documents sont irrémédiablement manquants, un organisme habilité peut établir un dossier de “réévaluation de conformité” à partir d’une inspection approfondie, d’essais non destructifs et d’un calcul de résistance. Cette procédure est plus lourde et coûteuse mais permet de régulariser la situation.


Résumé

La DESP (2014/68/UE) encadre la sécurité des équipements sous pression en Europe, de la conception à l’exploitation. Elle s’applique aux récipients, chaudières, tuyauteries et appareils de sécurité dépassant les seuils de pression et de volume. L’exploitant doit respecter l’arrêté du 20 novembre 2017 : tenir un dossier d’équipement, effectuer des inspections périodiques avec un organisme habilité, entretenir les appareils de sécurité et former le personnel. Les organismes notifiés interviennent uniquement sur la fabrication et le marquage CE. Les risques — explosion, fuite de fluide dangereux, brûlure — sont réels et documentés. Les erreurs fréquentes sur le terrain (confusion organisme notifié/habilité, oubli des petits équipements, dossier incomplet, maintenance insuffisante) exposent les exploitants à des sanctions et à des accidents évitables. Une bonne maîtrise de la DESP passe par l’identification exhaustive des équipements concernés, la distinction claire entre les rôles du fabricant et de l’exploitant, et la planification rigoureuse des inspections avec un organisme habilité.

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